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Balades urbaines

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Entretien avec Catherine BEAUVILLE, association La Gargouille.

Propos recueillis par Geneviève BRETAGNE,
Responsable Environnement Et Transition Énergétique à l’aua/T

L’association toulousaine La Gargouille a été créée en 1995 par Catherine Beauville, juriste et historienne de l’art. Elle a obtenu en 2003 le prix Balise, sur le projet de faire visiter le patrimoine des quartiers populaires. Cette récompense salue la création d’activités et de projets innovants générateurs d’emploi 1.

L’association La Gargouille apporte un regard neuf sur les « quartiers » de Toulouse, à travers une immersion dans la culture urbaine, à la rencontre de la mémoire des habitants

 

Comment vous est venue l’idée de créer La Gargouille ?
Ma formation aux métiers du patrimoine s’inscrit dans l’approche développée par Alain Chastel, qui voit le patrimoine à la fois comme un héritage mémoriel, qui vient du passé, et comme une transmission à faire aux générations suivantes. Dans cet esprit, La Gargouille a fait le choix de raconter l’histoire de France à travers le patrimoine méconnu des quartiers populaires. Ils ont une histoire particulière, qui mérite tout à fait le respect, l’intérêt et la fierté. J’ai grandi au Mirail et les premières démolitions dans les années 1990 m’ont profondément choquée. J’ai eu envie de raconter ce quartier, de sortir de l’image « moche », de raconter le besoin de renouveau et pour cela, replonger dans le passé et dans cette histoire. J’ai fondé La Gargouille afin de proposer des randonnées urbaines à la découverte des quartiers populaires. Le succès a été immédiat : grâce aux financeurs, aux journalistes, à un prix national d’économie solidaire reçu très vite.

Pourquoi des randonnées urbaines et pas des visites guidées ?
Parce qu’on ne se met pas dans la peau d’un conférencier… Ce qui nous intéresse est vraiment le partage, le dialogue, partir du questionnement d’un petit groupe, et les inclure dans la balade. C’est aussi une façon d’inciter les habitants à venir et « donner » leur point de vue, leur mémoire. Comprendre et faire comprendre les choses permet d’utiliser l’intelligence des gens et leur bon sens, de les rassurer : pourquoi ils sont là, pourquoi on a construit les cités ici, et sortir du seul sentiment d’abandon qui est vraiment déstabilisant. Cette idée fait de l’effet sur les enfants, sur tout le monde ! On compte d’ailleurs s’y référer de plus en plus pour développer de nouveaux projets. C’est le cas des randonnées polyphoniques, mais aussi du festival « Les idées lumineuses » au château de Reynerie, qui mêlent histoire et art. Ces formules sont moins basées sur le débat et l’échange que sur des moments de communion permis entre tous les participants par le chant, la lecture de textes, de poèmes… Ce sont des moments d’histoire, de partage et de cœur.

Toulouse n’est pas une ville monochrome, elle est de toutes les couleurs

 

Quelles sont les autres actions que vous développez également ?
Les randonnées urbaines ou polyphoniques, le festival sont des actions d’immersion : on est dans la ville, en contact direct avec le patrimoine. Nous montons également des actions de diffusion sur le patrimoine, en dehors des lieux : nous utilisons la radio (France Bleu, Radio Occitanie), la télévision, notre site Internet, des articles dans la presse écrite, des livrets que nous concevons.

Votre choix très réfléchi de cibler les quartiers populaires vous permet de faire connaître combien de sites désormais ?
Aujourd’hui, nous avons 18 quartiers à notre actif. Chaque année, nous en ajoutons un ou deux. En 2017, nous travaillons ainsi sur Sept Deniers et Papus. Nous raisonnons, non par site, mais par quartier. À chacun correspond une identité particulière, qui est au cœur de nos préoccupations.

Quels publics touchez-vous ?
Ce sont surtout des gens curieux, ouverts, qui ont envie de savoir, presque déjà « acquis à la cause » ou qui ne demandent qu’à être convaincus ! Nous nous plaçons à contre-courant, en montrant quelque chose de nouveau, tout en nous appuyant sur une science objective, l’histoire. Les habitants, quant à eux, viennent peu sur les randonnées urbaines, organisées notamment avec l’Office de Tourisme. Le festival, les randonnées polyphoniques, les autres actions de diffusion les touchent beaucoup plus, quel que soit leur âge.

Vous arrivez à faire tomber des préventions contre l’image que dégagent encore aujourd’hui ces quartiers ; sentez-vous un changement parmi les habitants que vous avez rencontrés ?
Nous avons conscience de poser plein de petites pierres, tranquillement, à notre échelle… Les habitants qui viennent nous voir repartent, non pas différents, mais plus fiers. L’amélioration urbaine y contribue, mais le sentiment de vivre dans un patrimoine digne, intéressant, connu et reconnu les touche profondément. La sensibilité de ces quartiers est tout le contraire de l’indifférence.

Quelques « cousins » en France :

  • Sébastien Frasque, à Paris avec « Ça se visite »
  • Nicolas Mémain, « montreur d’ours en béton » à Marseille
  • Le centre social El Rio de la cité La Viste, à Marseille

 

1 La Gargouille est soutenue par l’Agence nationale pour la Cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé) et la Direction régionale à l’action culturelle (DRAC)
Le prix Balise est décerné par le Comité d’Information et de Mobilisation pour l’emploi (CIME).

Photos © G. Bretagne 

Contenu additionnel :

 

Les randonnées proposées par La Gargouille :