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Mariette SIBERTIN-BLANC,
Maître de conférence en aménagement et urbanisme, membre du LISST – CIEU Université Toulouse II – Jean Jaurès

Valoriser une identité métropolitaine pour et par les habitants : des initiatives de terrain qui changent les regards et les pratiques

« I want other people to experience the city the way I do » : telle est la philosophie des hôtes réunis au sein du réseau Greeters. L’esprit des Greeters énoncé dans une charte illustre la valorisation du rapport à autrui et à son territoire d’attachement, grâce aux plateformes internet interactives (www. greeters. online). Ce mouvement s’inscrit à rebours des grands événements aux logiques de marketing, ou de la scénographie urbaine médiatisée ; la démarche est également à l’opposé des tour-opérateurs qui vantent les atouts d’une métropole en quelques heures en s’appuyant sur des lieux iconiques. À l’inverse, ces propositions de Greeters contribuent à construire d’autres pratiques d’exploration urbaine, valorisant les identités locales par le biais d’expériences sensibles, de découvertes des sentiers discrets et du charme quotidien de vivre « là ». Il s’agit de lutter contre une patrimonialisation désincarnée des espaces urbains — ce que le philosophe Michel de Certeau considère être « une désappropriation des sujets qui accompagne la réhabilitation des objets ».

Le phénomène participe d’une dynamique touristique non marchande (à l’instar du couchsurfing), tout en valorisant le vécu et l’échange. Imaginé à New York en 1992 par une habitante déçue des approches touristiques superficielles et des parcours « incontournables » des guides touristiques impersonnels, ce mouvement propose désormais plus d’une centaine de destinations à travers le monde dont une trentaine en France.

Progressivement, ces initiatives venues des habitants semblent s’institutionnaliser.
À titre d’exemple, le réseau des Greeters toulousains a été impulsé par l’Office de Tourisme avec le slogan « vivre une expérience alternative ! » En définitive, comme d’autres innovations sociales impulsées dans un esprit d’échange, l’instrumentalisation du tourisme participatif par des organismes professionnels indique le besoin de renouveau de certaines pratiques, et la capacité des gens ordinaires à créer dans ce sens.