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La percée de la rue Ozenne à Toulouse,
1900-1925

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Mémoires d’étudiants

Une rubrique qui nous invite à décaler notre regard sur des questions émergentes abordées par la génération montante.

Mehdi SCHMITZ,
Étudiant en 2e année de Master à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse

 

Mémoire : La rue Ozenne à Toulouse, Histoire d’une percée — 1900-1925. Mémoire réalisé dans le cadre du Séminaire Patrimoine, théories et dispositifs.

L’ouverture de la rue Ozenne a eu lieu au début du XXe siècle dans le contexte des grands travaux de percées et d’alignements qui restructurent radicalement le centre historique toulousain depuis le milieu du XIXe siècle. Elle est une nécessaire réponse de la ville à l’expansion des flux commerciaux et humains ainsi qu’une condition d’entrée dans la modernité. La voie nouvelle se situe au cœur du quartier historique des parlementaires, au sud du centre ancien.

Le projet de percée est approuvé par le Conseil municipal le 26 mars 1904, reprenant en l’adaptant aux nouveaux besoins une amorce initialement portée sur le plan d’alignement de 1842, dont la municipalité avait depuis novembre 1900 entrepris de réengager l’étude. Le tracé s’inscrit dans le prolongement de l’allée principale du Jardin des Plantes. Il débute de la place Montgaillard et s’achève à la place des Carmes en traversant selon un angle aigu le quartier des parlementaires, alors orienté sur l’axe Palais de Justice-Cathédrale. Cette disposition répond aux objectifs annoncés par la Commission des Grands Travaux et des Finances réunis pour justifier l’ouverture : connecter et lier quartiers et équipements entre eux (gare – centre-ville – Faculté de Médecine – Busca – Montaudran) ; optimiser les flux de circulation et équilibrant les secteurs attractifs ; rendre salubre un quartier au tissu médiéval de ruelles étroites et sinueuses.

Le projet ouvre donc le quartier par un large avenu planté (20 m), une respiration urbaine au caractère de modernité. La rue conjugue ainsi agréments piétonniers d’une longue promenade ombragée bordée d’édifices à l’architecture élégante ; arrivée de modes de déplacement modernes avec le passage d’une ligne de tramway ; mais également amélioration sanitaire par la construction d’égouts. En février 1907, le lancement des travaux est hâté par la ville qui craint un procès de propriétaires ayant acquis en 1904 des terrains en bordure de la rue Ozenne. Ainsi, rendues d’utilité publique en 1906, les expropriations ont lieu suite aux enquêtes publiques et parcellaires à partir d’octobre 1907. Le budget de 485 000 F initial est finalement triplé pour couvrir les indemnités. Les démolitions durent de novembre 1907 à fin 1908 après une accumulation de retards imputés aux entrepreneurs spéculant sur la vente des matériaux du lot adjudiqué. Enfin les reconstructions s’échelonnent pour la majorité de 1908 à 1925.

Plusieurs remarques à l’encontre de la percée sont formulées, provenant essentiellement des « gens de goût » œuvrant au sein des Sociétés Savantes de l’époque. Elles portent sur la démolition partielle de deux hôtels particuliers de style Renaissance, les hôtels de Loubens et du Vieux-Raisin.

Une déviation du tracé est alors proposée pour préserver ces deux édifices, depuis le Grand-Rond jusqu’à la place des Carmes, mais abandonnée, ceci entrainant la démolition des extensions récentes du XIXe siècle. La Commission du Vieux Toulouse, une des premières instances pour la protection des intérêts archéologiques de la ville, accompagne alors la restauration de l’hôtel de Loubens. Elle sauvegarde des éléments architecturaux et des matériaux qui seront réutilisés ou pris comme modèles à la restitution de la façade sur rue. Celle-ci sera édifiée en saillie sur l’alignement pour conserver les proportions volumétriques de l’ensemble et contribuer à la remarquable mise en scène de cet hôtel particulier.

La rue Ozenne constitue donc un témoignage historique révélant le processus d’élaboration d’une percée, ses cheminements, péripéties, les pensées de l’époque et la vision portée alors sur l’ancien, le constitué, que l’on nomme de nos jours « patrimoine ».

Photo © Ville de Toulouse, Archives municipales 

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