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Métropolisation et redéfinition des centralités urbaines

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Fabrice ESCAFFRE,
Maître de conférences en Aménagement et Urbanisme, membre du LISST – CIEU Université Toulouse II – Jean Jaurès

La métropolisation impacte en France tous les territoires, à toutes les échelles. Les centres hérités sont amenés à muter alors que de nouvelles centralités émergent, redessinant les contours et les fonctionnements en réseaux des espaces vécus.

Processus de polarisation d’un territoire par les plus grandes villes, la métropolisation interagit avec des transformations économiques, sociales et spatiales étroitement liées :

  • concentration et mise en réseau du développement économique, en particulier des secteurs liés à la « connaissance » ;
  • attraction et tri social des populations engendrant un approfondissement de la division sociale de l’espace ;
  • étalement urbain et densification modifiant les paysages.

Elle correspond à un développement sans précédent des mobilités en relation avec une individuation toujours plus grande des pratiques territoriales. Les flux ainsi engendrés y relient des lieux faisant toujours plus prévaloir les fonctionnements en réseau. Elle s’accompagne aussi d’une réorganisation des modes d’habiter qui redéfinit les catégories territoriales héritées.

Ainsi, avec la métropolisation, les territoires se recomposent et se polycentralisent. Les campagnes entourant les villes se modifient en s’urbanisant et se connectent toujours plus, y compris grâce aux communications virtuelles. Des entre-deux territoriaux se structurent entre l’urbain « dense » et le rural « profond » que le vocable fréquemment utilisé de « périurbain » ne qualifie pas assez précisément. Dans ces territoires étendus, diversement structurés, l’intensité du fait urbain fluctue avec la présence d’espaces « naturels » et l’intégration de villes de tailles, de densités, de formes et de fonctions variées.

Ainsi, la métropolisation n’est pas réductible aux espaces des seules « grandes » villes, mais agrège des dynamiques territoriales observables en différents lieux connectés, centraux ou plus périphériques. Elle ne peut pas non plus s’analyser uniquement à partir des vécus quotidiens, mais s’envisage à l’aune d’interactions territoriales se déroulant sur des temporalités variées : continues ou événementielles, instantanées ou de long terme.

Dans cet ensemble de transformations liées à la métropolisation, celles concernant les « centralités » sont parmi les plus notables. Multiples, hiérarchisées, disséminées, très valorisées ou affaiblies, ces centralités sont en mutation et en question. Hypercentres, centres historiques, centralités périurbaines ou périphériques, centres des villes petites ou moyennes, sous influence métropolitaine, ou non, évoluent de manière accélérée, tant dans leurs profils fonctionnels que dans leurs formes, leurs usages et les représentations qui leur sont associées.

Leur dimension patrimoniale au regard des dynamiques d’hyper ou hypoattractivité et des processus de gentrification ou de paupérisation est réinterrogée ; de même que leur place au sein de systèmes de mobilités, soulignant à quel point leur fonctionnement ne prend aujourd’hui sens que dans des logiques de réseaux variées et à différentes échelles. Sur le plan résidentiel, leur habitabilité pose question au regard notamment des atouts fonctionnels des périphéries ‒ auxquels s’ajoute l’attractivité d’un paysage agreste.

Les centres anciens

Le sujet des centres anciens « en difficulté » est d’ailleurs aujourd’hui à l’agenda des politiques urbaines, en particulier dans des villes d’attractivité limitée et des territoires périurbains où le centre « historique » n’est plus à la fois le centre géographique, fonctionnel et patrimonial. Le centre s’y est morcelé entre quelques rues commerçantes, des secteurs patrimonialisés et des parties banalisées où la fonction résidentielle domine. Cette dernière, souvent fragilisée par une diminution et/ou une paupérisation de son peuplement, est contrastée avec des logements vacants, d’autres dégradés et d’autres, enfin, réhabilités. Dans tous les cas, ces logements anciens de tailles et de formes hétérogènes sont pour la plupart éloignés des standards modernes. Ils impliquent un usage piéton de la ville, une acceptation des accommodements inhérents à la ville « dense », loin du format actuel de la ville automobile et des avantages de maîtrise du quotidien et d’autonomie de la ville « à la carte ». Ces centres posent donc une question complexe ne se limitant pas aux seules interventions sur le logement ou les espaces publics, mais renvoyant à leur place dans des territoires métropolitains largement interconnectés ‒ localement, régionalement et virtuellement ‒ avec de nombreuses autres centralités dont certaines sont particulièrement dynamiques.

Les centralités dynamiques

Ces centralités dynamiques prennent différentes formes : en périphérie des villes denses, autour de zones commerciales, le long d’axes routiers ou au cœur de nœuds de transports en commun intégrant des microcentralités servicielles et commerciales, etc. Leur dynamisme découle principalement de leur connexion avec les réseaux de mobilité, mais aussi de leur monofonctionnalité. Elles constituent des lieux de flux dans un quotidien mobile où le déplacement fait sens au-delà de la simple contrainte. Les multiples « drives » les représentent fort bien. Ces centralités sont aujourd’hui partie prenante du mode de vie « urbain » et constituent ainsi un diffuseur discret de la métropolisation.

Les centres attractifs des métropoles

Troisième type de centralité interrogée, celles des centres attractifs et valorisés, notamment des villes dites « métropoles ». Leurs principaux attributs sont valorisés : animation urbaine, diversité de l’offre commerciale, attractivité résidentielle, hub des réseaux de déplacement, équipements culturels d’envergure, espaces publics retravaillés, valeurs foncières élevées. Si ces attributs participent directement du fonctionnement de l’économie urbaine locale, leurs aspects négatifs sont multiples : difficultés à se loger, encombrements des trafics, « élitisation » commerciale, accessibilité culturelle en débat. Ainsi, la question de l’habitabilité de ces centres est-elle liée à leurs trajectoires de valorisation. Qui peut y vivre durablement ? Comment seront-ils valorisés demain si la polycentralité et la virtualisation des échanges gagnent encore du terrain ?

Fait social et spatial global, la métropolisation impacte aujourd’hui en France tous les territoires, avec des degrés variables et des formes diverses. Concentrant ou dispersant des individus, des bâtis, des fonctions et les mettant en mobilité, la métropolisation modifie les équilibres fonctionnels et sociaux des centres hérités et fait émerger de nouvelles centralités. Si pour l’analyse on peut distinguer des processus distincts à l’œuvre dans les centres et les centralités, ils doivent cependant être considérés comme faisant système du point de vue des espaces vécus. Comprendre ces manières d’habiter les centres et les centralités, à des échelles spatiales et temporelles variées, constitue un des chantiers ouverts de l’analyse de la métropolisation.

Photo mise en avant : © D. Dupuis

Contenu additionnel :

LA MÉTROPOLE EN MUTATION :