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Migrations, immigrations…
Venus d’ailleurs, métropolitains d’aujourd’hui

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Pierre LÉPAGNOL

Ils sont d’ici, mais viennent d’ailleurs, une formule qui pourrait résumer la trajectoire de nombreux métropolitains. Comment certains mouvements migratoires du XXe siècle contribuent-ils aujourd’hui à l’identité de la région toulousaine ?

Venus des campagnes environnantes, des départements voisins, souvent de plus loin, les nouveaux arrivants contribuent au cours du XIXe siècle à la croissance urbaine de Toulouse, dont les faubourgs conservent un caractère rural.

L’entre-deux-guerres voit l’arrivée massive de « colons » italiens, venus reprendre des exploitations agricoles laissées vacantes, notamment dans le Gers et la vallée de la Garonne, mais « la capillarité ancienne avec l’Espagne » est toujours là, comme le souligne la chercheuse Laure Teulières dans ses travaux 1.

La Retirada de 1939, — et l’afflux de réfugiés républicains espagnols qu’elle provoque — va s’inscrire durablement dans l’histoire collective toulousaine ; cette mémoire est encore très présente, comme en témoigne le « Quai de l’Exil Républicain espagnol » à Saint-Cyprien, sur la rive gauche de la Garonne. Au point « d’occulter » parfois l’importance de l’immigration italienne, laquelle reprend brièvement après guerre jusqu’aux années 1950.

Lors de l’exode de mai-juin 1940, des dizaines de milliers de personnes déplacées venues du Nord de la France et de Belgique convergent vers le Sud-Ouest. La région toulousaine, alors située en zone libre, continuera à attirer de nombreux réfugiés et fugitifs jusqu’en 1942. Beaucoup choisiront d’y rester après la guerre.

« Décentralisés », immigrés et « Airbusiens »

Au début des années 1960, les rapatriés d’Afrique du Nord sont nombreux à s’installer en région toulousaine ; Blagnac est même l’une des principales plates-formes aériennes dédiée en 1962 à l’accueil des rapatriés d’Algérie. Dans le même temps, la communauté juive toulousaine voit sa population décupler, et les sépharades y sont désormais majoritaires. Les années suivantes marquent l’arrivée des Portugais, puis des Marocains dans les années 1970 ; une immigration de travail, généralement organisée. De nombreux travailleurs algériens — souvent originaires de Mostaganem — s’installent également à Toulouse. Dans le même temps, Toulouse devenue métropole d’équilibre accueille ses premiers « décentralisés », qui accompagnent les grandes écoles aéronautiques, le CNES, mais aussi le CNRS, l’INRA, ou encore les universités toulousaines en pleine croissance. Une « immigration intérieure » venue de toute la France, et qui va considérablement modifier la structure même de la population de l’agglomération, socialement et culturellement.

L’agglomération accueille également des réfugiés asiatiques dès 1975, et notamment les boat people fuyant le Vietnam ou le Cambodge. La « grosse ville » du Sud-Ouest est devenue une métropole qui attire simultanément des actifs qualifiés et diplômés, et des migrants en quête d’une vie meilleure.

L’arrivée de Météo France et d’Air Inter dans les années 1980 marque une deuxième vague de décentralisation. Le développement continu de l’industrie aéronautique génère également l’apparition d’une nouvelle communauté spécifique à Toulouse, les « Airbusiens », qui compte de nombreux Allemands et Britanniques.

À l’instar des autres communautés installées de plus longue date, ce groupe social s’inscrit peu à peu dans l’espace urbain (Pibrac, lycée international de Colomiers, voire multiplication des résidences-hôtels) ; cette « immigration provisoire de longue durée » peut même conduire à une installation définitive, dans la mesure où ces salariés ou leurs enfants choisissent parfois de rester à Toulouse ou dans sa région…

Dans un contexte de mondialisation, de mobilité accrue, d’attractivité estudiantine, d’accueil de réfugiés, on observe ainsi une véritable diversification de l’origine des habitants de la métropole toulousaine.

1 TEULIÈRES L., Histoire des immigrations en Midi-Pyrénées, Loubatières, 2010.