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Regards croisés et écrits de voyage

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Une historienne et une coloriste reviennent sur la couleur de la « ville rose »…

Toulouse, ville de brique, à la recherche de son coloris

Xavière OLLIER,
Coloriste-Designer Institut Supérieur Couleur Image Design,
Université Toulouse II — Jean Jaurès

Le regard du coloriste-chercheur s’attache aux modes d’apparition d’une pensée de la couleur : il ne s’agit plus de parler des couleurs de la ville, mais de la couleur de la ville. Petit voyage dans la fabrique de la couleur.

Au-delà de sa géographie, il est possible d’appréhender un lieu comme un territoire chromatique : nous portons notre regard sur son matériau, la brique et la palette de couleurs qui en est issue. La brique, quand elle est qualifiée de rose, est-elle décrite comme on la perçoit réellement ?

Rouge, blanche, rose : la ville révélée

Outil d’aide aux choix des couleurs pour les rénovations de façades, une première charte chromatique a été instituée à Toulouse en 2000. Elle proposait alors une homogénéisation des couleurs de la ville par la préconisation d’une couleur brique et d’enduits très homogènes et orangés, et d’une harmonie de tons bleutés sur la palette des éléments de détails. Toulouse fut pensée chaude : cette palette fêta en 2005 sa millième façade, avec la sortie d’un ouvrage photographique où l’on pouvait lire : « … les temps changent, le rose s’éloigne de la pâleur et tire vers le rouge, l’ocre et l’orangé […] Toulouse s’est mis du rouge aux joues, mais en ville civilisée, elle s’est donné des règles : une palette de couleurs puisées dans la chaleur et, en contrepoint, leurs complémentaires, pour les volets comme pour les paupières ». Cette métaphore de Toulouse au féminin prend sa source dès les années 1900. La littérature de voyage au XIXe siècle nous présente pourtant la ville sous des « charmes » tout autres : Jules Michelet évoque « Toulouse à une heure. De tristes masses de briques… »

Rouge brique, blanc céruse

Pour Hippolyte Taine, « Toulouse apparaît toute rouge de briques, dans la poudre rouge du soir. Triste ville, aux rues caillouteuses et étranglées… » Jules Verne voit pour sa part dans la brique un matériau par défaut, et « de peu de caractère ». Quant à Henry James, il écrivait en 1877 : « … mis à part l’église Saint — Sernin et l’hôtel d’Assézat, Toulouse ne possède aucune richesse architecturale ; les maisons sont essentiellement faites à l’aide de briques d’un rouge teinté de gris et n’ont rien d’original dans leur style. Le travail de la brique est ici des plus pauvres, bien inférieur à celui des villes italiennes, manquant totalement de la richesse de coloris que ce matériau modeste revêt, en général, sous les climats humides et verdoyants. »

Les impressions chromatiques liées à la ville sont ici des rouges assombris par une ambiance plutôt triste, de rouges grisés, de rouges du soir. En 1833, comme l’indique l’historienne Luce Barlangue, deux guides font référence pour la première fois à la couleur de la ville : Toulouse, ville blanche, car les façades — dont celle du Capitole — étaient alors habillées de blanc de céruse, suite à une ordonnance capitulaire de 1783.

Le rose, ou du moins son évocation, « apparaît » dès la fin du XIXe siècle, mais ne fait pas encore référence à la couleur du bâti. Au début du XXe siècle, le terme ville rose sera porté par le syndicat d’initiative, qui écrit dans son bulletin de 1912 : « … ses monuments de briques, procédant du génie local, ont un charme, une originalité et une valeur incomparables. En dehors de leur intérêt architectural, il n’est rien d’agréable à l’œil comme ces couleurs changeantes de la ville rose et de ses monuments suivant l’heure du jour, la saison, l’état de l’atmosphère. Aux couleurs violettes et mates de la pluie succèdent les roses tendres du beau temps… » 1

Et Toulouse fut pourpre

Dans les années 1920 cependant le terme de ville rose sera remis en question : Armand Praviel décrira Toulouse comme « une belle violante, Toulouse capitale du Languedoc, le Languedoc Rouge » et se moque du rose. Citons également une œuvre cinématographique singulière, 17 fois Cécile Cassard, film de Christophe Honoré sorti en 2002 : un voyage dans le temps où Toulouse serait redevenue (pour peu qu’elle l’ait été réellement) Toulouse la rouge, la sanguinaire, « l’authentique »… Le regard de Christophe Honoré rejoint alors celui plus avant de Jules Verne, Henry James et d’autres, qui ont écrit sur cette ville régionale, terrienne et argileuse comme les murs de ses façades.

En réalité, la Toulouse d’aujourd’hui, la belle, la maquillée, est perçue en un état de surféminisation qui est portée par notre époque. La ville doit être belle pour attirer les touristes, elle doit être ensoleillée, car elle est au sud. Elle doit être rose, car c’est ainsi que chacun la définit. Malgré nous, nous la voyons dans la lumière, car c’est ainsi que notre époque désire que nous l’appréhendions.

Vision de la ville renouvelée, un nouvel outil pour les façades

En 2013, la palette des couleurs de la ville évolue : réalisée par l’agence Nacarat (agence de design global experte en couleur), la nouvelle charte chromatique se base sur les cinq couleurs fondamentales de la brique toulousaine et les décline en 100 nuances pour la ville.

Le lecteur curieux y découvrira une série de couleurs, une abstraction. Il y comprendra l’histoire de la ville. Peut-être et surtout, il sera alors plus sensible à la ville chromatique. Lors d’une flânerie urbaine, il regardera, avec un regard nouveau, la ville qui l’abrite : Toulouse fardée, Toulouse folklorique, Toulouse la violente…

1. BARLANGUE L., revue L’Auta, Toulouse, 2010, p.211.

Photos © Ville de Toulouse 

Contenu additionnel :

 

Les guides couleurs et matériaux dédiés aux façades et devantures, déclinés par époque et par type de construction à consulter sur le site de la ville de Toulouse :

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