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Foix, une petite ville singulière dans son approche culturelle

Foix, une petite ville singulière dans son approche culturelle

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Géographe, doctorante CIFRE au Conseil départemental de la Haute-Garonne

Chargé de mission Prospective et Dialogues urbains à l'AUAT

Souvent associée aux grandes villes, la vitalité culturelle est aussi un axe fort du développement local de petites villes. Pour preuve, Foix, « gros village » de 10 000 habitants et préfecture de l’Ariège, soutient et impulse depuis plusieurs années une dynamique culturelle tournée vers les jeunesses. Celle-ci s’inscrit dans une évolution récente de l’action culturelle au service de projets de territoire et dans un objectif de bien-vivre territorial. Cette tendance est observée dans le volet fuxéen du programme de recherche POPSU Territoires mené par Mariette Sibertin-Blanc et Laurence Barthe, aidées en 2020 par Laura Lescure, travaux sur lesquels repose cet article.

La « petite ville » et le développement culturel : des partenariats au service d’une ambition affirmée

Foix, à l’image d’autres petites villes, participe du maillage urbain et agit comme un point de repère structurant pour son environnement. L’action culturelle, facteur de différenciation territoriale (Sibertin- Blanc, 2018), distingue particulièrement Foix parmi les autres petites villes d’Occitanie. La municipalité et l’agglomération fuxéenne soutiennent le dynamisme d’acteurs associatifs et privés et peuvent compter sur celui-ci. Certains apparaissent déjà très ancrés dans le paysage culturel local et d’autres, plus récents dans le paysage fuxéen, oeuvrent tout autant en étant force de proposition et d’implication dans la vie locale.

En 2018, Foix et ses partenaires ont signé la convention-cadre Action coeur de ville (ACV) autour de cinq axes stratégiques, dont la mise en valeur des formes urbaines, de l’espace public et du patrimoine. Ce regain d’attention de la part de l’État envers les petites villes, incarné également par le programme Petites villes de Demain, donne de nouvelles opportunités à ces territoires, à la recherche de leviers pour leur développement local. La culture s’inscrit véritablement dans le projet collectif de ce territoire à « taille humaine », permettant des rapprochements entre différents types d’acteurs, générateurs de transformations et stimulant la vitalité culturelle. Cette volonté politique affirmée s’incarne dans le nouveau projet de territoire de l’intercommunalité, plaçant la culture au coeur du développement urbain et social de la ville.

Du public cible à l’acteur-ressource : la jeunesse au coeur des initiatives culturelles

Dans le cadre de la politique intercommunale et d’ACV, le nouveau pôle jeunesse collaboratif animé par le PAAJIP [1] met en oeuvre la politique jeunesse du territoire, dont une partie largement transverse avec la culture. Cette structure associative est issue d’un long héritage d’éducation populaire. Encore en construction aujourd’hui, elle a vu sa localisation soigneusement choisie à proximité directe des équipements culturels structurants pour le territoire que sont la Scène Nationale de l’Estive, la médiathèque, l’école de musique intercommunale (futur conservatoire), le futur cinéma d’art et d’essai (également soutenu dans le cadre d’ACV), ou encore le skatepark. Le projet s’inscrit dans une volonté politique forte de créer des passerelles entre ces espaces, bien identifiés aussi dans la politique mobilité. Avec le nouveau pôle jeunesse, se lie aussi une multitude de partenaires, dont l’association Art’Cade, partenaire culturel historique. Labellisée SMAC [2] en 2018, opérateur phare des musiques actuelles en Ariège, Art’Cade articule son projet artistique et culturel autour

de résidences d’artistes, de programmation de concerts tout au long de l’année, mais aussi d’actions culturelles en direction de tous les publics. Les pratiques artistiques et culturelles sont donc au coeur du projet du pôle jeunesse : expression musicale et artistique, pépinière d’associations, volonté de favoriser l’usage de l’espace public par la jeunesse et de faire émerger de nouvelles formes d’expression et de création… Autant de projets pour que se créent des synergies entre les jeunes et le territoire fuxéen, sans jamais oublier la question de leur encapacitation.

Acteur associatif toujours, mais plus récent dans l’histoire locale, La Limonaderie, elle, est une actrice culturelle locale promouvant le développement des arts de la rue et du spectacle vivant. À la fois tiers-lieu, espace de coworking, lieu de spectacles et résidence d’artistes, elle propose une offre complémentaire à celle de l’Estive, davantage « populaire et reflétant la culture locale » (Lescure, 2020). La question du faire par soi-même y est promue, et cela se retrouve dans le festival annuel Foix’R de Rue, porté originellement par le PAAJIP et dont elle devenue un des partenaires clefs. Outre sa capacité à investir les quatre coins de la ville, le festival donne une place prépondérante aux jeunes. L’idée a germé de leur esprit en 2014 et a vu ses racines se développer grâce à la mobilisation d’une cinquantaine d’entre eux fléchés via le PAAJIP. Le partenariat avec Art’Cade a permis la mise en place de concerts et de scènes ouvertes, venant s’ajouter aux arts de la rue, aux ateliers de graff, au théâtre ou encore aux déambulations qui structurent l’évènement. La jeunesse, plus qu’un public cible, est totalement actrice du festival dans une démarche ascendante, dont la scène est ouverte et la culture souhaitée comme participative. La synergie créée entre les structures permet aux jeunes de libérer leur créativité grâce à des animations de qualité, avec un festival qui a désormais largement pollinisé le territoire.

Une réappropriation du territoire et de l’espace public par le prisme culturel

À travers ces initiatives, c’est aussi la volonté de se réapproprier un territoire qui est défendue. En 2016, le taux de vacance dans le centre de Foix était de 24 %, point saillant d’une perte de vitalité symptomatique de nombreuses petites villes. Encore une fois, la culture est utilisée comme un révélateur : l’association d’art plastique et contemporain La Biz’Art’Rit, également lieu d’exposition porté par des artistes aux profils variés, est choisie pour mener un projet de revalorisation du centre ancien dans le cadre de la rénovation urbaine de la politique de la ville. En 2018, les vitrines vides deviennent des supports artistiques animés par le collectif. La déambulation artistique est devenue prétexte à revaloriser ces espaces privés habillant l’espace public, impliquant la population qui est invitée à « se questionner sur l’art, le citoyen et l’espace public ». Ici, pas d’urbanisme temporaire, mais de l’art temporaire qui invite à s’interroger sur l’urbanité et le sens des espaces publics.

Enfin, un autre projet retient l’attention : les Routes Singulières. Mené dans le cadre d’un projet européen POCTEFA sur plusieurs villes dites créatives comme Irun ou Tournefeuille, celui-ci vise à conforter la culture comme vecteur de développement touristique et de cohésion sociale. Dans ce cadre, cinq propositions artistiques ont vu le jour à Foix, que ce soit au centre-ville ou dans le parc de Bouychères, dans un but assumé de « capter des publics sceptiques face à l’offre culturelle institutionnelle » (Lescure, 2020). Le projet a notamment réuni Benoît Séverac, romancier de littérature noire et Christel Llop, calligraphe et sculptrice, autour d’un ouvrage de fiction, projetant la ville de Foix dans un futur morose, et de sept oeuvres pérennes installées dans l’espace public, reprenant les sept chapitres de la fiction. Cette passerelle entre écriture et art sculptural contemporain invite les passants à découvrir la ville sous un autre angle, entre appropriation d’une œuvre de lecture et découverte d’oeuvres occupant l’espace public, entre l’esprit qui imagine et la ville qui met en relief. Ambitieux, le projet est également moins dans l’esprit d’une culture participative, l’habitant étant surtout interrogé en aval, suscitant des tensions avec certains d’entre eux. Cela nous rappelle avec justesse que la ville est un objet culturel à part entière, où l’affect se mêle aux représentations, le vécu à l’imaginaire, et où la participation des habitants se révèle être la condition sine qua non d’un projet urbano-artistique réussi.

De la culture au bien-vivre territorial ?

Le programme de recherche POPSU Territoires donne depuis 2018 un coup de projecteur sur les dynamiques territoriales des petites villes, au travers de projets de recherche-action multi-partenariaux croisant approches universitaires et expertises locales. Retenu en 2019, le projet « Action culturelle et bien-vivre : la place de la jeunesse dans la petite ville de Foix », dirigé par Mariette Sibertin-Blanc et Laurence Barthe 4, et associant la Ville de Foix, la Communauté d’agglomération Pays Foix-Varilhes, le pôle jeunesse intercommunal et l’Estive, vient souligner une fois de plus l’engagement culturel de ce territoire. Avec en ligne de mire la culture comme garante d’émancipation individuelle et collective, de partage d’émotions et de découvertes, les acteurs se sont saisis de divers leviers (programme européen, ACV, recherche-action) et s’appuient sur des ressources locales (acteurs culturels dans leur diversité, équipements structurants, éducation populaire) pour impulser une dynamique culturelle en direction des habitants et avec eux.

Ici, les jeunes ne sont pas considérés juste comme public cible d’une politique publique : ils constituent une ressource pour le territoire qui cherche à être mise en capacité. Le centre ancien n’est pas seulement le sujet d’une politique territoriale de revitalisation, c’est un support culturel pour les habitants. Volontaire en matière d’action culturelle, favorisant les synergies entre les multiples acteurs locaux, Foix fait partie de ces petites villes qui se sont saisies de manière collective de la culture, et ce depuis plusieurs années. Dépassant les habituels objectifs de développement économique ou de marketing territorial, il semblerait que la culture à Foix – dont la présentation ici n’a rien d’exhaustif – soit considérée avant tout comme objet de bien-vivre territorial.

Références :

 

[1] Pôle Agglomération Adolescence Jeunesse Information Prévention.

[2] Scènes des Musiques Actuelles

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