BelvedeЯ +

Les gares au cœur de la ville et de la vie

Téléchargez l’article au format PDF

Voir le contenu additionnel

Jean-Pierre WOLFF
Professeur des universités spécialiste des transports, membre du LISST – CIEU
Université Toulouse II Jean Jaurès

Les mutations des activités commerciales depuis la révolution industrielle et les profondes transformations des villes renforcèrent  la localisation des grands  magasins dans des lieux stratégiques  de convergence de flux, comme les Grands Boulevards, ou à proximité des gares. Avec la démocratisation de la voiture dans les années 1970, à côté de ces implantations centrales, apparaissent des hypermarchés en zone périphérique, desservis par un échangeur autoroutier.
Actuellement, le redéploiement de l’offre commerciale suit les mouvements de recomposition urbanistique et fonctionnelle des villes. À côté des centres périphériques cherchant un nouveau modèle de développement, le cœur des agglomérations, irrigué par de nouvelles pratiques de mobilité moins dépendantes de la voiture, redevient la cible des grands groupes commerciaux. Ceux-ci privilégient avant tout les grands pôles intermodaux, comme les stations de métro et les gares centrales. Celles-ci, comme les aéroports principaux, s’ouvrent de plus en plus à des fonctions commerciales à haute valeur ajoutée, rentabilisant encore plus leur patrimoine foncier et immobilier. Mais des différences opposent ces deux équipements dédiés aux transports : leur localisation dans l’espace urbanisé, le type d’offres commerciales proposées et les clientèles ciblées. Au XIXe siècle, la gare a été la porte d’entrée des grandes villes, à partir de la seconde moitié du XXe siècle, l’aéroport joue ce rôle, et au XXIe siècle ces deux équipements assurent conjointement cette fonction. Les aéroports, conçus au départ pour une clientèle de luxe, ont répondu à ses attentes avec les boutiques hors taxes, puis, avec la démocratisation du ciel, l’offre commerciale s’est considérablement diversifiée à l’intérieur même et à proximité immédiate de certains d’entre eux. Les gares n’ont jamais disposé de la même gamme commerciale que les aéroports, mais actuellement elles offrent un éventail de plus en plus large de boutiques, de lieux de restauration et de services divers. Nous présentons ici la situation des gares, les aéroports méritant un traitement spécifique 1.

Lieux de transition

Transition entre la ville et le monde extérieur, les gares ont vu leur rôle évoluer. Créées durant la première moitié du XIXe siècle à la limite de la zone urbanisée, elles se retrouvent aujourd’hui au cœur de la ville. Leurs fonctions s’organisaient autour du transport des voyageurs avec la présence de services propres au voyage, comme les buffets, les hôtels et quelques boutiques focalisées autour de la presse et des articles pour fumeurs. Malgré l’apparition et la concurrence de nouveaux modes de déplacement, comme la voiture puis l’avion, les grandes gares vont voir leurs flux fortement augmenter et se diversifier avec l’augmentation de la mobilité généralisée. Au départ enclaves fermées et repliées sur elles-mêmes, elles s’ouvrent à la ville et à la vie avec ses multiples facettes sociales et économiques. Ces lieux de transit se doublent ainsi d’espaces économiques (commerces, bureaux, services aux voyageurs…). Ce métissage entre la gare et la ville répond à un faisceau diversifié mais convergent d’intérêts, portés par les propriétaires des gares, les grands opérateurs de transports (ferroviaires et urbains) et les groupes économiques (et plus spécifiquement commerciaux). En Europe, en fonction des politiques conduites par ces acteurs, les réalisations relatives à l’entrée des commerces dans les gares seront plus ou moins anciennes et plus ou moins importantes. Les contrastes sont saisissants entre l’atonie de l’activité commerciale de l’immense gare moderne de Saragosse-Delicias et la ruche de la Hauptbahnhof de Cologne, ou encore entre Toulouse-Matabiau et Zürich Hauptbahnhof.

Zurich Oktoberfest (fête d’octobre) dans le hall de la gare

Zürich Hauptbahnhof, une mutation commerciale

Évoquons la plus grande gare suisse, Zürich Hauptbahnhof, construite en partie sur la Sihl et à proximité de la Limmat, deux petits cours d’eau. Construite en 1847, cette gare au cœur de l’hypercentre, en cul-de-sac jusqu’en 1991, a été agrandie en plusieurs étapes avec, en particulier, la réalisation en 1923 du hall principal qui, en 1996, perd ses fonctions ferroviaires. S’est ainsi opérée une mutation de grande ampleur, non seulement des installations ferroviaires, mais aussi des relations avec la ville par la présence d’une forte offre commerciale. Elle est également stratégique en matière de transports (lignes ferroviaires internationales, nationales, régionales et locales, 9 lignes de tramways, 2 lignes de trolleybus et lignes lacustres). Plus de 2 915 trains rythment cette métropole économique de premier plan, peuplée de 1 340 000 habitants (la commune centre en compte 405 000 en 2017). L’absence de métro est compensée par un réseau de RER 2 desservant plusieurs gares dans la métropole, gares elles aussi dotées d’offres commerciales diversifiées.
À partir de 1991, avec le percement de voies souterraines en niveau – 1 et – 4, le ShopVille de Zürich est réalisé sur 16 500 m² offrant 203 enseignes (45 % de commerces, 45 % de restauration et 10 % de services divers). Au niveau 0, les établissements sont en continuité avec l’offre de qualité présente dans les rues huppées menant à la gare. Dans le hall principal, se tient un marché hebdomadaire qui peut être loué pour des opérations commerciales ou culturelles importantes. Le commerce banal se trouve enterré, mais à proximité de plusieurs lignes de RER. Tous les locaux appartiennent aux CFF/SBB 3 qui les gèrent et louent pour un bail de quelques années les surfaces au plus offrant. Sans être transposable à Toulouse-Matabiau, cet exemple peut nourrir les réflexions lors de la mutation de cette gare, pour que celle-ci devienne un pôle encore plus ouvert sur la métropole occitane.

Plan des commerces de la gare de Zürich Hauptbahnof

  1. LEBOUCQ V.,« Comment la ville entre dans les gares et les aéroports », Les Échos, 29/10/2012
  2. RER : Réseau
    Express Régional
  3. CFF / SBB : Chemins de Fer Fédéraux suisses (Schweizerische Bundesbahnen, en allemand)

© SBB-CFF-FFS

Contenu additionnel :


24 heures sur 24 : la gare centrale de Zurich.

La gare centrale de Zurich propose une offre variée et de nombreux services, 24 heures sur 24, 365 jours sur 365. Vidéo de 7 minutes.

https://www.sbb.ch/fr/gare-services/gares/shopville-zurich-gare-centrale/video.html

Portfolio


Paramètres de confidentialité

Nécessaires

Ces cookies vous permettent de vous connecter tout en assurant une sécurité dans la navigation

wordpress logged_in, wordpress sec

Advertising

Suivi des visites

Afin de vous offrir la meilleure expérience, nous réalisons un audit des visites. Vous pouvez refuser le suivi en cliquant ici.

Outil de suivi des visites Matomo

Other