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Derrière les palissades

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Catherine AVENTIN
Architecte DPLG, Maître de conférences, membre du LRA
École Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse

A propos de la création de théâtre de rue « Palissades », installée en septembre 2017 au Carré de la Maourine à Borderouge, qui met en scène un cabinet de prospective urbaine.

Entretien avec Phéraille, Metteur en jeu de la compagnie le Phun

 

Habitants du quartier autour de la palissade de Mme Bouphar

Catherine Aventin : Pour résumer « Palissades », on peut dire qu’il s’agit de madame Bouphar, architecte d’un cabinet de prospective urbaine, qui s’installe avec ses collègues sur une place publique, pour partager sa réflexion sur l’avenir des villes. Pendant une semaine, les habitants peuvent rencontrer les six personnages de ces palissades et, à la fin, ils sont invités à partager un moment convivial, avant le départ du cabinet.

Phéraille : Madame Bouphar est le symbole de l’architecture humaniste qui, plutôt que s’enfermer dans son bureau avec son équipe et faire des plans sans rencontrer ceux qui vont occuper les futurs bâtiments ou espaces publics, a décidé il y a trois ans de faire le tour des villes et d’interroger les citadins. Ainsi, lorsqu’elle rentrera dans son bureau, elle aura acquis cette connaissance des envies humaines contemporaines. De plus, on n’a jamais assez conscience de l’histoire d’une ville, de la manière dont elle a été construite, comment elle évolue, qui décide de quoi, comment ça se passe, etc. On transmet tout cela avec humour et poésie.

Dans la « coquerie » avec Mme Bouphar (au centre)

Vous proposez le « bien voisiner ensemble », c’est-à-dire ?
Le « bien vivre ensemble », tel qu’il est défini par les professionnels, devient pour nous « bien voisiner ensemble ». Parce que la question est : comment fait-on pour vivre en voisinage ? C’est la vraie question. Bien vivre ensemble, c’est quoi ? Ça veut dire bien prendre le métro, être bien rangés… Donc juste changer un terme, ça change pas mal de choses.

D’une certaine façon, « Palissades » parle ou montre les coulisses de la ville ?
Pour moi, il n’y a pas de coulisses de la ville. Il y a les interstices dans la réalité de la ville, c’est-à-dire qu’on peut s’inscrire dans celle-ci
et la décaler un petit peu. Chacun crée les coulisses, mais elles n’existent pas.

« Palissades », c’est aussi la ville en train de se faire, avec la participation des habitants ?
Il faut le temps de discuter pour que les habitants prennent la mesure de tout ce que l’imaginaire pourrait apporter. Cela rend les choses plus paisibles et plus réfléchies. Et l’on s’aperçoit que quand on les laisse réfléchir, ils réfléchissent ! Et bien. Même sans être professionnels. Ils nous disent ce qui leur ferait plaisir pour continuer leur vie. C’est à peu près tout, mais ça déclenche des relations plus humaines, parce qu’on prend le temps d’échanger. Car il y a l’espace public, mais il y a aussi le temps public. Combien de temps faut-il pour rencontrer ceux qui habitent cet espace, pour les rencontrer vraiment ? Il faut du temps pour que chacun prenne confiance, exprime sa vision de l’urbain, en découvre d’autres et que des liens se créent. Nous voulons faire un peu bouger les choses. On sait bien qu’on ne changera pas le monde.
Le théâtre, c’est le plus beau mensonge. On l’accepte, il n’y a pas péril. Ce n’est pas du vrai ou du faux, c’est de l’imaginaire qui apporte un supplément à la réalité. C’est important dans une vie d’avoir ces possibilités d’imaginaire, éphémères bien sûr, mais qui sont précieuses pour le bien-être général.

A propos de la compagnie le Phun

Pouvez-vous présenter le Phun ?
C’est une compagnie de théâtre de rue, c’est-à-dire qui officie dans l’espace public, où les gens vivent, se rencontrent, dans une démarche populaire. Depuis 30 ans que le Phun existe, on voit que beaucoup de personnes ont l’impression que le théâtre n’est pas pour eux. Nous utilisons le théâtre pour entrer en relation avec celles et ceux qui n’y ont pas accès, n’en ont pas l’occasion, ou n’ont pas d’ambition « artistique ».
Nous essayons de changer un peu l’angle de vue de ce que chacun perçoit en premier, c’est-à-dire cette réalité induite par l’architecture, le mobilier urbain, le rythme de vie… mais pleine d’interstices pour l’imaginaire.

Comment jouez-vous avec ce quotidien ordinaire ?
Les comédiens ont un travail très particulier puisqu’ils sont en permanence dans un espace qui est difficile (nuisances sonores, rapport aux passants…), basé sur l’improvisation et la bienveillance. Tout est écrit à la façon du théâtre de rue, c’est-à-dire que c’est écrit mais rien n’est fixé car l’espace public est mouvant en permanence. On rencontre des personnes que l’on ne rencontrerait jamais autrement. Nous faisons des spectacles tous publics et c’est très important.

Panorama de l’ensemble de « Palissades » sur la place de la Maourine


© Jordi Bover

Contenu additionnel :


Site Le Phun : http://www.lephun.net/spectacle/palissades/

Reportage video de KANSEI TV sur les « Palissades : Théâtre de prospective urbaine »

http://kansei.fr/video/6476/

 

 

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