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Dynamiques informelles de l’abandon urbain

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Tiphaine ABENIA
Maître-assistante associée (STA) Ingénieur INSA, Architecte DE, Doctorante en architecture, membre du LRA
cole Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse

Structure inachevée, éléphant blanc, ruine moderne, fantôme urbain, cadavre immobilier, squelette désaffecté... autant d’appellations qui tentent de recouvrir une réalité contemporaine à géométrie variable : celle de l’abandon urbain. Cette diversité de termes, du plus technique au plus métaphorique, rend compte des multiples facettes du phénomène. L’abandon peut ainsi être total ou partiel, contrôlé ou subi, temporaire ou durable. Il peut aussi être lu comme une anomalie à corriger ou comme une ressource à valoriser.

El Elefante Blanco à Buenos Aires

L’ idée d’un rapprochement entre situations urbaines abandonnées et coulisses de la ville tire tout d’abord sa pertinence d’une analogie organisationnelle : comme au théâtre, la structure abandonnée se voit généralement coupée physiquement du reste de la ville. La construction de palissades et la pose de grillage en dissimulent l’existence et en contraignent l’accès. Cette insularisation se précise à mesure que le temps de latence entourant la structure se prolonge.
Or, en se détachant du projet qui avait motivé leur construction, les édifices abandonnés sont à présent libres pour accueillir de nouveaux projets, de nouveaux sens et usages. Ils ont perdu le lien qui les attachait à leur fonction originelle sans qu’une nouvelle affectation n’ait encore été arrêtée. C’est dans cet espace d’entre-deux et d’indétermination que le potentiel de ces structures peut être questionné. Cette indétermination fonctionnelle possède également son pendant matériel puisqu’au fur et à mesure que le temps d’abandon se prolonge, la structure tend à se départir de ses éléments de second œuvre. Cette ambiguïté nous conduit à lier l’abandon à une figure en miroir : celle du chantier.
Le monde du spectacle associe aux coulisses une effervescence réelle, bien que dissimulée aux spectateurs. De la même façon, les résistances que les structures abandonnées opposent à l’intervention conventionnelle ne les condamnent pas à l’inertie. Des dynamiques informelles peuvent être identifiées : occupations informelles, projets étudiants, concours, appels à idées, fictions, initiatives citoyennes et living labs. À titre d’exemple, l’édifice inachevé connu sous le nom d’El Elefante Blanco (Buenos Aires) a fait l’objet d’une dizaine de scénarios depuis l’arrêt de son chantier en 1955. Des familles occupent aujourd’hui, de façon informelle, les deux étages inférieurs de la structure. Parallèlement à cette occupation, des projets de réhabilitation provenant d’instances gouvernementales ou universitaires sont régulièrement avancés.
Ces modes de projection et d’occupation, parfois simultanés, prennent ainsi appui sur le statut intermédiaire de la structure. Même s’ils ne sont pas toujours réalisés, ces scénarios participent d’un renouvellement des modalités de la pratique architecturale et urbaine contemporaine. Ils en enrichissent le répertoire en valorisant une multiplicité de regards, l’expression conjointe de temporalités différentes, la réversibilité des aménagements et la variété des acteurs engagés.


© T. Abenia

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