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Joan BUSQUETS,
Architecte-urbaniste BAU B. Arquitectura i Urbanisme SLP Professeur à la GSD Harvard

Le centre-ville de Toulouse tire sa force d’un collage historique unique. Unique puisque chaque pièce du puzzle urbain est perceptible en tant que telle, mais l’ensemble se livre dans une harmonie rare, comme un collage cohérent et équilibré.

Un patrimoine valorisant et attractif

L’histoire passée de Toulouse se lit au travers de ses paysages urbains et fluviaux, de ses boulevards et ses rues, de ses places et placettes, de ses édifices majeurs cultuels et culturels, de ses hôtels particuliers et de son habitat. Une lecture expressive qui, tout en juxtaposant des architectures et des ensembles bâtis parfois très différents, apparaît toujours équilibrée. Valorisante pour les résidents. Attractive pour les visiteurs. L’une des grandes valeurs de Toulouse réside dans son tracé urbain. Un tracé progressivement acquis, avec des actes majeurs sans doute, mais qu’aucun geste radical n’est venu transfigurer. Un tracé d’autant plus exceptionnel qu’il s’est toujours refusé à consentir à la facilité, un temps plébiscitée au nom de la « modernité ». Ici point de tunnel, point de commerces souterrains, mais des canaux et des boulevards que soulignent des quais et des promenades ; des places et des placettes qui ici caractérisent l’âme d’un quartier là identifient une accessibilité au cœur historique ; quelques rues rectilignes et de grandes percées qui facilitent les liaisons interquartiers et concentrent les grandes enseignes commerciales ; une trame délicate qui irrigue les faubourgs ; des îlots parsemés qui, par leur ampleur, ont autorisé quelques masses bâties. Une étude précise des plans historiques de Toulouse — la Séquence de Projets Urbains — révèle ces grandes transformations et permet de comprendre ce grand collage progressif.

Grands projets, grands tracés

Le canal du Midi, le canal de Brienne et le canal latéral à la Garonne ont définitivement changé la physionomie de la ville. Au XVIIIe siècle, les allées et promenades de Mondran — la fameuse « patte d’oie » à Saint-Cyprien, le Grand Rond mais aussi le cours Dillon —, vont également transformer Toulouse. La destruction progressive des remparts permet la création de grandes promenades : la ceinture de boulevards — qui composera l’Octogone — assure l’accès aux faubourgs. Les percées des XIXe et XXe siècles complètent l’articulation des tracés majeurs dans le centre-ville.

Le projet urbain pour les rives du fleuve

Le projet Saget modifie l’image de la façade du fleuve : de hauts murs en briques séparent la partie haute et la partie basse, et de nouveaux bâtiments y sont construits. Le projet initial n’a été mis en œuvre que partiellement. Il sera peut-être possible de compléter le profil proposé par Saget et de densifier cette façade fluviale.

Tissus urbains, silhouette urbaine

Il y a les canaux, promenades, quais, digues mais aussi les vides, les remplissages, les réalignements, les percées… Une ville se constitue aussi par des actions mineures et privées, et le tissu urbain, formé à partir de tracés historiques, est embelli et complété par des interventions à l’échelle plus locale : les places, les carrefours créent des espaces de rencontre…

Ce système laisse entrevoir une part de la stratégie mise en place pour le réaménagement des espaces publics du centre-ville. D’une part, la mise en valeur des éléments structuraux des canaux, des rives de la Garonne et de l’Octogone (promenades des boulevards) est fondamentale, et le tissu urbain historique doit tisser des liens clairs avec ces éléments majeurs. D’autre part, il faut prévoir également une perméabilité dans ce dispositif et mettre en valeur les anciens carrefours du tissu historique pour les reconvertir en endroits de référence identitaire pour Toulouse Métropole.

La skyline du centre-ville — sa silhouette urbaine — a été consolidée par différents projets urbains historiques qui ont demandé un travail de restitution et de modernisation afin d’être compatibles avec l’ADN urbain de la ville. Un profil souple qui joue l’alternance, en superposition ou en juxtaposition, des styles de chaque époque.

La Métropole aura toujours la capacité d’intégrer la ville contemporaine et d’exprimer les nouveautés et les aspirations de notre société au XXIe siècle.

Références : BUSQUETS J., BAU B., Toulouse, identité et partage du centre-ville, Loubatières 2014.

Atlas de genèse des espaces axonométriques

Projet Saget XVIIIe siècle pour la façade de la Garonne ; en couleur les interventions réalisées

Photos © J. Busquets + Bau B.